Ne serait-ce donc que pour des pretres, des inspires, des metaphysiciens
que serait reservee la conviction de l'existence d'un Dieu, que l'on dit
neanmoins si necessaire a tout le genre humain?
que serait reservee la conviction de l'existence d'un Dieu, que l'on dit
neanmoins si necessaire a tout le genre humain?
Shelley
En un mot, l'homme a toujours
respecte les causes inconnues des effets surprenans, que son ignorance
l'empechait de demeler. Ce fut sur les debris de la nature que les
hommes eleverent le colosse imaginaire de la Divinite.
Si l'ignorance de la nature donna la naissance aux dieux, la
connaissance de la nature est faite pour les detruire. A mesure que
l'homme s'instruit, ses forces at ses ressources augmentent avec ses
lumieres; les sciences, les arts conservateurs, l'industrie, lui
fournissent des secours; l'experience le rassure ou lui procure des
moyens de resister aux efforts de bien des causes
qui cessent de l'alarmer des qu'il les a connues. En un mot, ses
terreurs se dissipent dans la meme proportion que son esprit s'eclaire.
L'homnme instruit cesse d'etre superstitieux.
Ce n'est jamais que sur parole que des peuples entiers adorent le Dieu
de leurs peres at de leurs pretres: l'autorite, la confiance, la
soumission, et l'habitude leur tiennent lieu de conviction et de
preuves; ils se prosternent et prient, parce que leurs peres leur out
appris a se prosterner at prier: mais pourquoi ceux-ci se sont-ils mis a
genoux? C'est que dans les temps eloignes leurs legislateurs et leurs
guides leur en ont fait un devoir. 'Adorez at croyez,' ont-ils dit, 'des
dieux que vous ne pouvez comprendre; rapportez-vous-en a notre sagesse
profonde; nous en savons plus que vous sur la divinite. ' Mais pourquoi
m'en rapporterais-je a vous? C'est que Dieu le veut ainsi, c'est que
Dieu vous punira si vous osez resister. Mais ce Dieu n'est-il donc pas
la chose en question? Cependant las hommes se sont toujours payes de ce
cercle vicieux; la paresse de leur esprit leur fit trouver plus court de
s'en rapporter au jugament des autres. Toutes las notions religieuses
sent fondees uniquement sur l'autorite; toutes les religions du monde
defendent l'examen et ne veulent pas que l'on raisonne; c'est l'autorite
qui veut qu'on croie en Dieu; ce Dieu n'est lui-meme fonde que sur
l'autorite de quelques hommes qui pretendent le connaitre, et venir de
sa part pour l'annoncer a la terre. Un Dieu fait par les hommes a sans
doute bosom des hommes pour se faire connaitre aux hommes.
Ne serait-ce donc que pour des pretres, des inspires, des metaphysiciens
que serait reservee la conviction de l'existence d'un Dieu, que l'on dit
neanmoins si necessaire a tout le genre humain? Mais trouvons-nous de
l'harmonie entre les opinions theologiques des differens inspires, ou
des penseurs repandus sur la terre? Ceux meme qui font profession
d'adorer le meme Dieu, sent-ils d'accord sur son compte? Sont-ils
contents des preuves que leurs collegues apportent de son existence?
Souscrivent-ils unanimement aux idees qu'ils presentent sur sa nature,
sur sa conduite, sur la facon d'entendre ses pretandus oracles? Est-il
une centree sur la terre ou la science de Dieu se soit reellement
parfectionnee? A-t-elle pris quelqne part la consistance et l'uniformite
que nous voyons prendre aux connaissances humaines, aux arts les plus
futiles, aux metiers les plus meprises? Ces mots d'esprit,
d'immaterialite, de creation, de predestination, de grace; cette foule
de distinctions subtiles dont la theologie s'est parteut remplie dans
quelques pays, ces inventions si ingenieuses, imaginees par des penseurs
qui se sont succedes depuis taut de siecles, n'ont fait, helas!
qu'embrouiller les choses, et jamais la science la plus necassaire aux
hommes n'a jusqu'ici pu acquerir la moindre fixite. Depuis des milliers
d'annees ces reveurs oisifs se sont perpetuellement relayes pour mediter
la Divinite, pour deviner ses voies cachees, pour inventer des
hypotheses propres a developper cette enigme importante. Leur peu de
succes n'a point decourage la vanite theologique; toujours on a parle de
Dieu: on s'est egorge pour lui, et cet etre sublime demeure toujours le
plus ignore et le plus discute.
Les hommes auraient ete trop heureux, si, se bornant aux objets visibles
qui les interessent, ils eussent employe a perfectionner leurs sciences
reelles, leurs lois, leur morale, leur education, la moitie des efforts
qu'ils ont mis dans leurs recherches sur la Divinite. Ils auraiant ete
bien plus sages encore, et plus fortunes, s'ils eussent pu consentir a
laisser leurs guides desoeuvres se quereller entre eux, et sonder des
profondeurs capables de les etourdir, sans se meler de leurs disputes
insensees. Mais il est de l'essence de l'ignorance d'attacher de
l'importance a ce qu'elle ne comprend pas. La vanite humaine fait que
l'esprit se roidit contra des difficultes. Plus un objet se derobe a nos
yeux, plus nous faisons d'efforts pour le saisir, parce que des-lors il
aiguillonne notre orgueil, il excite notre curiosite, il nous parait
interessant.
respecte les causes inconnues des effets surprenans, que son ignorance
l'empechait de demeler. Ce fut sur les debris de la nature que les
hommes eleverent le colosse imaginaire de la Divinite.
Si l'ignorance de la nature donna la naissance aux dieux, la
connaissance de la nature est faite pour les detruire. A mesure que
l'homme s'instruit, ses forces at ses ressources augmentent avec ses
lumieres; les sciences, les arts conservateurs, l'industrie, lui
fournissent des secours; l'experience le rassure ou lui procure des
moyens de resister aux efforts de bien des causes
qui cessent de l'alarmer des qu'il les a connues. En un mot, ses
terreurs se dissipent dans la meme proportion que son esprit s'eclaire.
L'homnme instruit cesse d'etre superstitieux.
Ce n'est jamais que sur parole que des peuples entiers adorent le Dieu
de leurs peres at de leurs pretres: l'autorite, la confiance, la
soumission, et l'habitude leur tiennent lieu de conviction et de
preuves; ils se prosternent et prient, parce que leurs peres leur out
appris a se prosterner at prier: mais pourquoi ceux-ci se sont-ils mis a
genoux? C'est que dans les temps eloignes leurs legislateurs et leurs
guides leur en ont fait un devoir. 'Adorez at croyez,' ont-ils dit, 'des
dieux que vous ne pouvez comprendre; rapportez-vous-en a notre sagesse
profonde; nous en savons plus que vous sur la divinite. ' Mais pourquoi
m'en rapporterais-je a vous? C'est que Dieu le veut ainsi, c'est que
Dieu vous punira si vous osez resister. Mais ce Dieu n'est-il donc pas
la chose en question? Cependant las hommes se sont toujours payes de ce
cercle vicieux; la paresse de leur esprit leur fit trouver plus court de
s'en rapporter au jugament des autres. Toutes las notions religieuses
sent fondees uniquement sur l'autorite; toutes les religions du monde
defendent l'examen et ne veulent pas que l'on raisonne; c'est l'autorite
qui veut qu'on croie en Dieu; ce Dieu n'est lui-meme fonde que sur
l'autorite de quelques hommes qui pretendent le connaitre, et venir de
sa part pour l'annoncer a la terre. Un Dieu fait par les hommes a sans
doute bosom des hommes pour se faire connaitre aux hommes.
Ne serait-ce donc que pour des pretres, des inspires, des metaphysiciens
que serait reservee la conviction de l'existence d'un Dieu, que l'on dit
neanmoins si necessaire a tout le genre humain? Mais trouvons-nous de
l'harmonie entre les opinions theologiques des differens inspires, ou
des penseurs repandus sur la terre? Ceux meme qui font profession
d'adorer le meme Dieu, sent-ils d'accord sur son compte? Sont-ils
contents des preuves que leurs collegues apportent de son existence?
Souscrivent-ils unanimement aux idees qu'ils presentent sur sa nature,
sur sa conduite, sur la facon d'entendre ses pretandus oracles? Est-il
une centree sur la terre ou la science de Dieu se soit reellement
parfectionnee? A-t-elle pris quelqne part la consistance et l'uniformite
que nous voyons prendre aux connaissances humaines, aux arts les plus
futiles, aux metiers les plus meprises? Ces mots d'esprit,
d'immaterialite, de creation, de predestination, de grace; cette foule
de distinctions subtiles dont la theologie s'est parteut remplie dans
quelques pays, ces inventions si ingenieuses, imaginees par des penseurs
qui se sont succedes depuis taut de siecles, n'ont fait, helas!
qu'embrouiller les choses, et jamais la science la plus necassaire aux
hommes n'a jusqu'ici pu acquerir la moindre fixite. Depuis des milliers
d'annees ces reveurs oisifs se sont perpetuellement relayes pour mediter
la Divinite, pour deviner ses voies cachees, pour inventer des
hypotheses propres a developper cette enigme importante. Leur peu de
succes n'a point decourage la vanite theologique; toujours on a parle de
Dieu: on s'est egorge pour lui, et cet etre sublime demeure toujours le
plus ignore et le plus discute.
Les hommes auraient ete trop heureux, si, se bornant aux objets visibles
qui les interessent, ils eussent employe a perfectionner leurs sciences
reelles, leurs lois, leur morale, leur education, la moitie des efforts
qu'ils ont mis dans leurs recherches sur la Divinite. Ils auraiant ete
bien plus sages encore, et plus fortunes, s'ils eussent pu consentir a
laisser leurs guides desoeuvres se quereller entre eux, et sonder des
profondeurs capables de les etourdir, sans se meler de leurs disputes
insensees. Mais il est de l'essence de l'ignorance d'attacher de
l'importance a ce qu'elle ne comprend pas. La vanite humaine fait que
l'esprit se roidit contra des difficultes. Plus un objet se derobe a nos
yeux, plus nous faisons d'efforts pour le saisir, parce que des-lors il
aiguillonne notre orgueil, il excite notre curiosite, il nous parait
interessant.