Ses habits etaient deboutonnes,
Et le long chapelet des peches pardonnes
S'egrenant dans son coeur, Saint Tartufe etait pale!
Et le long chapelet des peches pardonnes
S'egrenant dans son coeur, Saint Tartufe etait pale!
Rimbaud - Poesie Completes
belle comme la neige,
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporte!
--C'est que les vents tombant des grands monts de Norwege
T'avaient parle tout bas de l'apre liberte!
C'est qu'un souffle inconnu, fouettant ta chevelure,
A ton esprit reveur portait d'etranges bruits;
Que ton coeur entendait la voix de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits!
C'est que la voix des mers, comme un immense rale,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pale,
Un pauvre fou s'assit, muet, a tes genoux!
Ciel! Amour! Liberte! Quel reve, o pauvre Follet
Tu te fondais a lui comme une neige au feu.
Tes grandes visions etranglaient ta parole:
--Un Infini terrible effara ton oeil bleu!
III
--Et le Poete dit qu'aux rayons des etoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchee en ses longs voiles,
La blanche Ophelia flotter, comme un grand lys.
LE CHATIMENT DE TARTUFE
Tisonnant, tisonnant son coeur amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantee,
Un jour qu'il s'en allait, effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche edentee,
Un jour qu'il s'en allait, <<Oremus>>,--un Mechant
Le prit rudement par son oreille benoite
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite!
Chatiment! . . .
Ses habits etaient deboutonnes,
Et le long chapelet des peches pardonnes
S'egrenant dans son coeur, Saint Tartufe etait pale! . . .
Donc, il se confessait, priait, avec un rale!
L'homme se contenta d'emporter ses rabats. . .
--Peuh! Tartufe etait nu du haut jusques en bas!
A LA MUSIQUE
_Place de la Gare, a Charleville. _
Sur la place taillee en mesquines pelouses,
Square ou tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'etranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs betises jalouses.
Un orchestre guerrier, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres:
On voit, aux premiers rangs, parader le gandin,
Les notaires montrent leurs breloques a chiffres:
Des rentiers a lorgnons soulignent tous les couacs;
Les gros bureaux bouffis trainent leurs grosses dames,
Aupres desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de reclames;
Sur les bancs verts, des clubs d'epiciers retraites
Qui tisonnent le sable avec leur canne a pomme,
Fort serieusement discutent des traites,
Puis prisent en argent, mieux que monsieur Prud'homme!
Etalant sur un banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois bienheureux, a bedaine flamande,
Savoure, s'abimant en des reves divins,
La musique francaise et la pipe allemande!
Au bord des gazons frais ricanent les voyous;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Tres naifs, et fumant des roses, des pioupious
Caressent les bebes pour enjoler les bonnes. .
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporte!
--C'est que les vents tombant des grands monts de Norwege
T'avaient parle tout bas de l'apre liberte!
C'est qu'un souffle inconnu, fouettant ta chevelure,
A ton esprit reveur portait d'etranges bruits;
Que ton coeur entendait la voix de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits!
C'est que la voix des mers, comme un immense rale,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pale,
Un pauvre fou s'assit, muet, a tes genoux!
Ciel! Amour! Liberte! Quel reve, o pauvre Follet
Tu te fondais a lui comme une neige au feu.
Tes grandes visions etranglaient ta parole:
--Un Infini terrible effara ton oeil bleu!
III
--Et le Poete dit qu'aux rayons des etoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchee en ses longs voiles,
La blanche Ophelia flotter, comme un grand lys.
LE CHATIMENT DE TARTUFE
Tisonnant, tisonnant son coeur amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantee,
Un jour qu'il s'en allait, effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche edentee,
Un jour qu'il s'en allait, <<Oremus>>,--un Mechant
Le prit rudement par son oreille benoite
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite!
Chatiment! . . .
Ses habits etaient deboutonnes,
Et le long chapelet des peches pardonnes
S'egrenant dans son coeur, Saint Tartufe etait pale! . . .
Donc, il se confessait, priait, avec un rale!
L'homme se contenta d'emporter ses rabats. . .
--Peuh! Tartufe etait nu du haut jusques en bas!
A LA MUSIQUE
_Place de la Gare, a Charleville. _
Sur la place taillee en mesquines pelouses,
Square ou tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'etranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs betises jalouses.
Un orchestre guerrier, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres:
On voit, aux premiers rangs, parader le gandin,
Les notaires montrent leurs breloques a chiffres:
Des rentiers a lorgnons soulignent tous les couacs;
Les gros bureaux bouffis trainent leurs grosses dames,
Aupres desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de reclames;
Sur les bancs verts, des clubs d'epiciers retraites
Qui tisonnent le sable avec leur canne a pomme,
Fort serieusement discutent des traites,
Puis prisent en argent, mieux que monsieur Prud'homme!
Etalant sur un banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois bienheureux, a bedaine flamande,
Savoure, s'abimant en des reves divins,
La musique francaise et la pipe allemande!
Au bord des gazons frais ricanent les voyous;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Tres naifs, et fumant des roses, des pioupious
Caressent les bebes pour enjoler les bonnes. .