laissez-moi, mon front pose sur vos genoux,
Gouter, en regrettant l'ete blanc et torride,
De l'arriere-saison le rayon jaune et doux!
Gouter, en regrettant l'ete blanc et torride,
De l'arriere-saison le rayon jaune et doux!
Baudelaire - Fleurs Du Mal
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glace.
J'ecoute en fremissant chaque buche qui tombe;
L'echafaud qu'on batit n'a pas d'echo plus sourd.
Mon esprit est pareil a la tour qui succombe
Sous les coups du belier infatigable et lourd.
Il me semble, berce par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hate un cercueil quelque part. . .
Pour qui? --C'etait hier l'ete; voici l'automne!
Ce bruit mysterieux sonne comme un depart.
II
J'aime de vos longs yeux la lumiere verdatre,
Douce beaute, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'atre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur! soyez mere
Meme pour un ingrat, meme pour un mechant;
Amante ou soeur, soyez la douceur ephemere
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Courte tache! La tombe attend; elle est avide!
Ah!
laissez-moi, mon front pose sur vos genoux,
Gouter, en regrettant l'ete blanc et torride,
De l'arriere-saison le rayon jaune et doux!
CHANSON D'APRES-MIDI
Quoique tes sourcils mechants
Te donnent un air etrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorciere aux yeux allechants,
Je t'adore, o ma frivole,
Ma terrible passion!
Avec la devotion
Du pretre pour son idole.
Le desert et la foret
Embaument tes tresses rudes,
Ta tete a les attitudes
De l'enigme et du secret.
Sur ta chair le parfum rode
Comme autour d'un encensoir;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe tenebreuse et chaude.
Ah! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts!
Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.
Quelquefois pour apaiser
Ta rage mysterieuse,
Tu prodigues, serieuse,
La morsure et le baiser;
Tu me dechires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon coeur
Ton oeil doux comme la lune.
Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie,
Moi, je mets ma grande joie,
Mon genie et mon destin,
Mon ame par toi guerie,
Par toi, lumiere et couleur!
Explosion de chaleur
Dans ma noire Siberie!
SISINA
Imaginez Diane en galant equipage,
Parcourant les forets ou battant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s'enivrant de tapage,
Superbe et defiant les meilleurs cavaliers!
Avez-vous vu Theroigne, amante du carnage,
Excitant a l'assaut un peuple sans souliers,
La joue et l'oeil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?
Telle la Sisina! Mais la douce guerriere
A l'ame charitable autant que meurtriere,
Son courage, affole de poudre et de tambours,
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son coeur, ravage par la flamme, a toujours,
Pour qui s'en montre digne, un reservoir de larmes.
A UNE DAME CREOLE
Au pays parfume que le soleil caresse,
J'ai connu sous un dais d'arbres tout empourpres
Et de palmiers, d'ou pleut sur les yeux la paresse,
Une dame creole aux charmes ignores.