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qu'ont donc crie ces entrecotes
Ces grands pates ces os a moelle et mirotons
Langues de feu ou sont-elles mes pentecotes
Pour mes pensees de tous pays de tous les temps


CHANTRE

Et l'unique cordeau des trompettes marines


CREPUSCULE

A Mademoiselle Marie Laurencin

Frolee par les ombres des morts
Sur l'herbe ou le jour s'extenue
L'arlequine s'est mise nue
Et dans l'etang mire son corps

Un charlatan crepusculaire
Vante les tours que l'on va faire
Le ciel sans teinte est constelle
D'astres pales comme du lait

Sur les treteaux l'arlequin bleme
Salue d'abord les spectateurs
Des sorciers venus de Boheme
Quelques fees et les enchanteurs

Ayant decroche une etoile
Il la manie a bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales

L'aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d'un air triste
Grandir l'arlequin trismegiste


ANNIE

Sur la cote du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose

Une femme se promene souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordee de tilleuls
Nous nous regardons

Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vetements n'ont pas de boutons
Il en manque deux a mon veston
La dame et moi suivons presque le meme rite


LA MAISON DES MORTS

A Maurice Raynal

S'etendant sur les cotes du cimetiere
La maison des morts l'encadrait comme un cloitre
A l'interieur de ses vitrines
Pareilles a celles des boutiques de modes
Au lieu de sourire debout
Les mannequins grimacaient pour l'eternite

Arrive a Munich depuis quinze ou vingt jours
J'etais entre pour la premiere fois et par hasard
Dans ce cimetiere presque desert
Et je claquais des dents
Devant toute cette bourgeoisie
Exposee et vetue le mieux possible
En attendant la sepulture

Soudain
Rapide comme ma memoire
Les yeux ses rallumerent
De cellule vitree en cellule vitree
Le ciel se peupla d'une apocalypse
Vivace

Et la terra plate a l'infini
Comme avant Galilee
Se couvrit de mille mythologies immobiles
Un ange en diamant brisa toutes les vitrines
Et les morts m'accosterent
Avec des mines de l'autre monde

Mais leur visage et leurs attitudes
Devinrent bientot moins funebres
Le ciel et la terre perdirent
Leur aspect fantasmagorique

Les morts se rejouissaient
De voir leurs corps trepasses entre eux et la lumiere
Ils riaient de voir leur ombre et l'observaient
Comme si veritablement
C'eut ete leur vie passee

Alors je les denombrai
Ils etaient quarante-neuf hommes
Femmes et enfants
Qui embellissaient a vue d'oeil
Et me regardaient maintenant
Avec tant de cordialite
Tant de tendresse meme
Que les prenant en amitie

Tout a coup
Je les invitai a une promenade Loin des arcades de leur maison

Et tous bras dessus bras dessous
Fredonnant des airs militaires
Oui tous vos peches sont absous
Nous quittames le cimetiere

Nous           la ville
Et rencontrions souvent
Des parents des amis qui se joignaient
A la petite troupe des morts recents
Tous etaient si gais
Si charmants si bien portants
Que bien malin qui aurait pu
Distinguer les morts des vivants

Puis dans la campagne
On s'eparpilla
Deux chevau-legers nous joignirent
On leur fit fete
Ils couperent du bois de viorne
Et de sureau
Dont ils firent des sifflets
Qu'ils distribuerent aux enfants

Plus tard dans un bal champetre
Les couples mains sur les epaules
Danserent au son aigre des cithares

Ils n'avaient pas oublie la danse
Ces morts et ces mortes
On buvait aussi
Et de temps a autre une cloche
Annoncait qu'un autre tonneau
Allait etre mis en perce
Une morte assise sur un banc
Pres d'un buisson d'epine-vinette
Laissait un etudiant
Agenouille a ses pieds
Lui parler de fiancailles

Je vous attendrai
Dix ans vingt ans s'il le faut
Votre volonte sera la mienne

Je vous attendrai
Toute votre vie
Repondait la morte

Des enfants
De ce monde ou bien de l'autre
Chantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poetiques
De l'humanite

L'etudiant passa une bague
A l'annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amour
De nos fiancailles
Ni le temps ni l'absence
Ne nous feront oublier nos promesses

Et un jour nous auront une belle noce
Des touffes de myrte
A nos vetements et dans vos cheveux
Un beau sermon a l'eglise
De longs discours apres le banquet
Et de la musique
De la musique

Nos enfants
Dit la fiancee
Seront plus beaux plus beaux encore
Helas!