Aides par un valet infame, ils penetrerent dans la
retraite
de la noble
dame et lui deroberent le reste de son tresor .
dame et lui deroberent le reste de son tresor .
Yeats
L'ame d'une
jeune fille se payait des prix fous: les fleurs les plus belles et les
plus pures sont les plus cheres.
Pendant ce temps, il existait dans la ville un ange de beaute, la
comtesse Ketty O'Donnor. Elle etait l'idole du peuple, et la providence
des indigents. Des qu'elle eut appris que des mecreants profitaient de
la misere publique pour derober des coeurs a Dieu, elle fit appeler son
majordome.
--Master Patrick, lui dit elle, combien ai-je de pieces d'or dans mon
coffre?
--Cent mille.
--Combien de bijoux?
--Pour autant d'argent.
--Combien de chateaux, de bois et de terres?
--Pour le double de ces sommes.
--Eh bien! Patrick, vendez tout ce qui n'est pas or et apportez-m'en
le montant. Je ne veux garder a moi que ce castel et le champ qui
l'entoure.
Deux jours apres, les ordres de la pieuse Ketty etaient executes et le
tresor etait distribue aux pauvres au fur et a mesure de leurs besoins.
Ceci ne faisait pas le compte, dit la tradition, des commis-voyageurs
du malin esprit, qui ne trouvaient plus d'ames a acheter.
Aides par un valet infame, ils penetrerent dans la retraite de la noble
dame et lui deroberent le reste de son tresor . . en vain lutta-t-elle
de toutes ses forces pour sauver le contenu de son coffre, les larrons
diaboliques furent les plus forts. Si Ketty avait eu les moyens de
faire un signe de croix, ajoute la legende Irlandaise, elle les eut mis
en fuite, mais ses mains etaient captives--Le larcin fut effectue. Alors
les pauvres solliciterent en vain pres de Ketty depouillee, elle ne
pouvait plus secourir leur misere;--elle les abandonnait a la tentation.
Pourtant il n'y avait plus que huit jours a passer pour que les grains
et les fourrages arrivassent en abondance des pays d'Orient. Mais, huit
jours, c'etait un siecle: huit jours necessitaient une somme immense
pour subvenir aux exigences de la disette, et les pauvres allaient ou
expirer dans les angoisses de la faim, ou, reniant les saintes maximes
de l'Evangile, vendre a vil prix leur ame, le plus beau present de la
munificence du Seigneur tout-puissant.
Et Ketty n'avait plus une obole, car elle avait abandonne son chateau
aux malheureux.
Elle passa douze heures dans les larmes et le deuil, arrachant ses
cheveux couleur de soleil et meurtrissant son sein couleur du lis: puis
elle se leva resolue, animee par un vif sentiment de desespoir.
Elle se rendit chez les marchands d'ames.
--Que voulez-vous? dirent ils.
--Vous achetez des ames?
--Oui, un peu malgre vous, n'est ce pas, sainte aux yeux de saphir?
--Aujourd'hui je viens vous proposer un marche, reprit elle.
--Lequel?
jeune fille se payait des prix fous: les fleurs les plus belles et les
plus pures sont les plus cheres.
Pendant ce temps, il existait dans la ville un ange de beaute, la
comtesse Ketty O'Donnor. Elle etait l'idole du peuple, et la providence
des indigents. Des qu'elle eut appris que des mecreants profitaient de
la misere publique pour derober des coeurs a Dieu, elle fit appeler son
majordome.
--Master Patrick, lui dit elle, combien ai-je de pieces d'or dans mon
coffre?
--Cent mille.
--Combien de bijoux?
--Pour autant d'argent.
--Combien de chateaux, de bois et de terres?
--Pour le double de ces sommes.
--Eh bien! Patrick, vendez tout ce qui n'est pas or et apportez-m'en
le montant. Je ne veux garder a moi que ce castel et le champ qui
l'entoure.
Deux jours apres, les ordres de la pieuse Ketty etaient executes et le
tresor etait distribue aux pauvres au fur et a mesure de leurs besoins.
Ceci ne faisait pas le compte, dit la tradition, des commis-voyageurs
du malin esprit, qui ne trouvaient plus d'ames a acheter.
Aides par un valet infame, ils penetrerent dans la retraite de la noble
dame et lui deroberent le reste de son tresor . . en vain lutta-t-elle
de toutes ses forces pour sauver le contenu de son coffre, les larrons
diaboliques furent les plus forts. Si Ketty avait eu les moyens de
faire un signe de croix, ajoute la legende Irlandaise, elle les eut mis
en fuite, mais ses mains etaient captives--Le larcin fut effectue. Alors
les pauvres solliciterent en vain pres de Ketty depouillee, elle ne
pouvait plus secourir leur misere;--elle les abandonnait a la tentation.
Pourtant il n'y avait plus que huit jours a passer pour que les grains
et les fourrages arrivassent en abondance des pays d'Orient. Mais, huit
jours, c'etait un siecle: huit jours necessitaient une somme immense
pour subvenir aux exigences de la disette, et les pauvres allaient ou
expirer dans les angoisses de la faim, ou, reniant les saintes maximes
de l'Evangile, vendre a vil prix leur ame, le plus beau present de la
munificence du Seigneur tout-puissant.
Et Ketty n'avait plus une obole, car elle avait abandonne son chateau
aux malheureux.
Elle passa douze heures dans les larmes et le deuil, arrachant ses
cheveux couleur de soleil et meurtrissant son sein couleur du lis: puis
elle se leva resolue, animee par un vif sentiment de desespoir.
Elle se rendit chez les marchands d'ames.
--Que voulez-vous? dirent ils.
--Vous achetez des ames?
--Oui, un peu malgre vous, n'est ce pas, sainte aux yeux de saphir?
--Aujourd'hui je viens vous proposer un marche, reprit elle.
--Lequel?