Comme moi n'es-tu pas un soleil automnal,
O ma si blanche, o ma si froide Marguerite?
O ma si blanche, o ma si froide Marguerite?
Baudelaire - Fleurs Du Mal
Mais la douce guerriere
A l'ame charitable autant que meurtriere,
Son courage, affole de poudre et de tambours,
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son coeur, ravage par la flamme, a toujours,
Pour qui s'en montre digne, un reservoir de larmes.
A UNE DAME CREOLE
Au pays parfume que le soleil caresse,
J'ai connu sous un dais d'arbres tout empourpres
Et de palmiers, d'ou pleut sur les yeux la paresse,
Une dame creole aux charmes ignores.
Son teint est pale et chaud; la brune enchanteresse
A dans le col des airs noblement manieres;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assures.
Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,
Vous feriez, a l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poetes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
LE REVENANT
Comme les anges a l'oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcove
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit;
Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.
Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Ou jusqu'au soir il fera froid.
Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux regner par l'effroi!
SONNET D'AUTOMNE
Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal:
<< Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon merite? >>
--Sois charmante et tais-toi! Mon coeur, que tout irrite,
Excepte la candeur de l'antique animal,
Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m'invite,
Ni sa noire legende avec la flamme ecrite.
Je hais la passion et l'esprit me fait mal!
Aimons-nous doucement. L'Amour dans sa guerite,
Tenebreux, embusque, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal:
Crime, horreur et folie! --O pale marguerite!
Comme moi n'es-tu pas un soleil automnal,
O ma si blanche, o ma si froide Marguerite?
TRISTESSE DE LA LUNE
Ce soir, la lune reve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beaute, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et legere caresse,
Avant de s'endormir, le contour de ses seins,
Sur le dos satine des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pamoisons,
Et promene ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poete pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pale,
Aux reflets irises comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.
LES CHATS
Les amoureux fervents et les savants austeres
Aiment egalement dans leur mure saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sedentaires.
Amis de la science et de la volupte,
Ils cherchent le silence et l'horreur des tenebres;
L'Erebe les eut pris pour ses coursiers funebres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierte.
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allonges au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un reve sans fin;
Leurs reins feconds sont pleins d'etincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.
LA PIPE
Je suis la pipe d'un auteur;
On voit, a contempler ma mine
D'Abyssienne ou de Cafrine,
Que mon maitre est un grand fumeur.
Quand il est comble de douleur,
Je fume comme la chaumine
Ou se prepare la cuisine
Pour le retour du laboureur.
J'enlace et je berce son ame
Dans le reseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche en feu,
Et je roule un puissant dictame
Qui charme son coeur et guerit
De ses fatigues son esprit.
LA MUSIQUE
La musique souvent me prend comme une mer!
Vers ma pale etoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste ether,
Je mets a la voile;
La poitrine en avant et les poumons gonfles
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amonceles
Que la nuit me voile;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre;
Le bon vent, la tempete et ses convulsions
Sur l'immense gouffre
Me bercent. --D'autres fois, calme plat, grand mimoir
De mon desespoir!
SEPULTURE D'UN POETE MAUDIT
Si par une nuit lourde et sombre
Un bon chretien, par charite,
Derriere quelque vieux decombre
Enterre votre corps vante,
A l'heure ou les chastes etoiles
Ferment leurs yeux appesantis,
L'araignee y fera ses toiles,
Et la vipere ses petits;
Vous entendrez toute l'annee
Sur votre tete condamnee
Les cris lamentables des loups
Et des sorcieres fameliques,
Les ebats des vieillards lubriques
Et les complots des noirs filous.
LE MORT JOYEUX
Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-meme une fosse profonde,
Ou je puisse a loisir etaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutot que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
O vers!
A l'ame charitable autant que meurtriere,
Son courage, affole de poudre et de tambours,
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son coeur, ravage par la flamme, a toujours,
Pour qui s'en montre digne, un reservoir de larmes.
A UNE DAME CREOLE
Au pays parfume que le soleil caresse,
J'ai connu sous un dais d'arbres tout empourpres
Et de palmiers, d'ou pleut sur les yeux la paresse,
Une dame creole aux charmes ignores.
Son teint est pale et chaud; la brune enchanteresse
A dans le col des airs noblement manieres;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assures.
Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,
Vous feriez, a l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poetes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
LE REVENANT
Comme les anges a l'oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcove
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit;
Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.
Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Ou jusqu'au soir il fera froid.
Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux regner par l'effroi!
SONNET D'AUTOMNE
Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal:
<< Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon merite? >>
--Sois charmante et tais-toi! Mon coeur, que tout irrite,
Excepte la candeur de l'antique animal,
Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m'invite,
Ni sa noire legende avec la flamme ecrite.
Je hais la passion et l'esprit me fait mal!
Aimons-nous doucement. L'Amour dans sa guerite,
Tenebreux, embusque, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal:
Crime, horreur et folie! --O pale marguerite!
Comme moi n'es-tu pas un soleil automnal,
O ma si blanche, o ma si froide Marguerite?
TRISTESSE DE LA LUNE
Ce soir, la lune reve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beaute, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et legere caresse,
Avant de s'endormir, le contour de ses seins,
Sur le dos satine des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pamoisons,
Et promene ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poete pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pale,
Aux reflets irises comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.
LES CHATS
Les amoureux fervents et les savants austeres
Aiment egalement dans leur mure saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sedentaires.
Amis de la science et de la volupte,
Ils cherchent le silence et l'horreur des tenebres;
L'Erebe les eut pris pour ses coursiers funebres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierte.
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allonges au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un reve sans fin;
Leurs reins feconds sont pleins d'etincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.
LA PIPE
Je suis la pipe d'un auteur;
On voit, a contempler ma mine
D'Abyssienne ou de Cafrine,
Que mon maitre est un grand fumeur.
Quand il est comble de douleur,
Je fume comme la chaumine
Ou se prepare la cuisine
Pour le retour du laboureur.
J'enlace et je berce son ame
Dans le reseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche en feu,
Et je roule un puissant dictame
Qui charme son coeur et guerit
De ses fatigues son esprit.
LA MUSIQUE
La musique souvent me prend comme une mer!
Vers ma pale etoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste ether,
Je mets a la voile;
La poitrine en avant et les poumons gonfles
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amonceles
Que la nuit me voile;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre;
Le bon vent, la tempete et ses convulsions
Sur l'immense gouffre
Me bercent. --D'autres fois, calme plat, grand mimoir
De mon desespoir!
SEPULTURE D'UN POETE MAUDIT
Si par une nuit lourde et sombre
Un bon chretien, par charite,
Derriere quelque vieux decombre
Enterre votre corps vante,
A l'heure ou les chastes etoiles
Ferment leurs yeux appesantis,
L'araignee y fera ses toiles,
Et la vipere ses petits;
Vous entendrez toute l'annee
Sur votre tete condamnee
Les cris lamentables des loups
Et des sorcieres fameliques,
Les ebats des vieillards lubriques
Et les complots des noirs filous.
LE MORT JOYEUX
Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-meme une fosse profonde,
Ou je puisse a loisir etaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutot que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
O vers!