Les roses des roseaux des
longtemps
devorees!
Rimbaud - Poesie Completes
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Au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
Au ciel gris de chaleur la sphere rose et chere.
III
Madame se tient trop debout dans la prairie
Prochaine ou neigent les fils du travail; l'ombrelle
Aux doigts; foulant l'ombelle; trop fiere pour elle
Des enfants lisant dans la verdure fleurie
Leur livre de maroquin rouge! Helas, Lui, comme
Mille anges blancs qui se separent sur la route,
S'eloigne par dela la montagne! Elle, toute
Froide, et noire, court! apres le depart de l'homme!
IV
Regrets des bras epais et jeunes d'herbe pure!
Or des lunes d'avril au coeur du saint lit! Joie
Des chantiers riverains a l'abandon, en proie
Aux soirs d'aout qui faisaient germer ces pourritures!
Qu'elle pleure a present sous les remparts: l'haleine
Des peupliers d'en haut est pour la seule brise.
Amis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise--
Un vieux dragueur, dans sa barque immobile, peine.
V
Jouet de cet oeil d'eau morne, je n'y puis prendre,
O canot immobile! o bras trop courts! ni l'une
Ni l'autre fleur; ni la jaune qui m'importune,
La; ni la bleue, amis, a l'eau couleur de cendre.
Ah! la poudre des saules qu'une aile secoue!
Les roses des roseaux des longtemps devorees! . . .
Mon canot toujours fixe; et sa chaine tiree
Au fond de cet oeil d'eau sans bords--a quelle boue?
Est-elle almee? . . . aux premieres heures bleues
Se detruira-t-elle comme les fleurs feues. . .
Devant la splendide etendue ou l'on sente
Souffler la ville enormement florissante!
C'est trop beau! c'est trop beau! mais c'est necessaire
--Pour la Pecheuse et la chanson du corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fetes de nuit sur la mer pure!
Au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
Au ciel gris de chaleur la sphere rose et chere.
III
Madame se tient trop debout dans la prairie
Prochaine ou neigent les fils du travail; l'ombrelle
Aux doigts; foulant l'ombelle; trop fiere pour elle
Des enfants lisant dans la verdure fleurie
Leur livre de maroquin rouge! Helas, Lui, comme
Mille anges blancs qui se separent sur la route,
S'eloigne par dela la montagne! Elle, toute
Froide, et noire, court! apres le depart de l'homme!
IV
Regrets des bras epais et jeunes d'herbe pure!
Or des lunes d'avril au coeur du saint lit! Joie
Des chantiers riverains a l'abandon, en proie
Aux soirs d'aout qui faisaient germer ces pourritures!
Qu'elle pleure a present sous les remparts: l'haleine
Des peupliers d'en haut est pour la seule brise.
Amis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise--
Un vieux dragueur, dans sa barque immobile, peine.
V
Jouet de cet oeil d'eau morne, je n'y puis prendre,
O canot immobile! o bras trop courts! ni l'une
Ni l'autre fleur; ni la jaune qui m'importune,
La; ni la bleue, amis, a l'eau couleur de cendre.
Ah! la poudre des saules qu'une aile secoue!
Les roses des roseaux des longtemps devorees! . . .
Mon canot toujours fixe; et sa chaine tiree
Au fond de cet oeil d'eau sans bords--a quelle boue?
Est-elle almee? . . . aux premieres heures bleues
Se detruira-t-elle comme les fleurs feues. . .
Devant la splendide etendue ou l'on sente
Souffler la ville enormement florissante!
C'est trop beau! c'est trop beau! mais c'est necessaire
--Pour la Pecheuse et la chanson du corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fetes de nuit sur la mer pure!