'Il y a bien longtemps qu'il apparut tout-a-coup dans la vieille
Irlande deux marchands inconnus dont personne n'avait oui parler, et
qui parlaient neanmoins avec la plus grande perfection la langue du
pays.
Irlande deux marchands inconnus dont personne n'avait oui parler, et
qui parlaient neanmoins avec la plus grande perfection la langue du
pays.
Yeats
B.
YEATS.
_January, 1901. _
FOOTNOTE:
[A] I have left them out of this edition as Lady Gregory's _Cuchulain
of Muirthemne_ and _Gods and Fighting Men_ have made them unnecessary.
When I began to write, the names of the Irish heroes were almost
unknown even in Ireland.
NOTES
_The Countess Cathleen. _--I found the story of the Countess Cathleen
in what professed to be a collection of Irish folklore in an Irish
newspaper some years ago. I wrote to the compiler, asking about its
source, but got no answer, but have since heard that it was translated
from _Les Matinees de Timothe Trimm_ a good many years ago, and has
been drifting about the Irish press ever since. Leo Lespes gives it
as an Irish story, and though the editor of _Folklore_ has kindly
advertised for information, the only Christian variant I know of is
a Donegal tale, given by Mr. Larminie in his _West Irish Folk Tales
and Romances_, of a woman who goes to hell for ten years to save her
husband and stays there another ten, having been granted permission
to carry away as many souls as could cling to her skirt. Leo Lespes
may have added a few details, but I have no doubt of the essential
antiquity of what seems to me the most impressive form of one of the
supreme parables of the world. The parable came to the Greeks in the
sacrifice of Alcestis, but her sacrifice was less overwhelming, less
apparently irremediable. Leo Lespes tells the story as follows:--
'Ce que je vais vous dire est un recit du careme Irlandais. Le boiteux,
l'aveugle, le paralytique des rues de Dublin ou de Limerick, vous le
diraient mieux que moi, cher lecteur, si vous alliez le leur demander,
un sixpence d'argent a la main. --Il n'est pas une jeune fille catholique
a laquelle on ne l'ait appris, pendant les jours de preparation a la
communion sainte, pas un berger des bords de la Blackwater qui ne le
puisse redire a la veillee.
'Il y a bien longtemps qu'il apparut tout-a-coup dans la vieille
Irlande deux marchands inconnus dont personne n'avait oui parler, et
qui parlaient neanmoins avec la plus grande perfection la langue du
pays. Leurs cheveux etaient noirs et ferres avec de l'or et leurs robes
d'une grande magnificence.
Tous deux semblaient avoir le meme age: ils paraissaient etre des
hommes de cinquante ans, car leur barbe grisonnait un peu.
Or, a cette epoque, comme aujourd'hui, l'Irlande etait pauvre, car le
soleil avait ete rare, et des recoltes presque nulles. Les indigents ne
savaient a quel saint se vouer, et la misere devenait de plus en plus
terrible.
Dans l'hotellerie ou descendirent les marchands fastueux on chercha
a penetrer leurs desseins: mais ce fut en vain, ils demeurerent
silencieux et discrets.
Et pendant qu'ils demeurerent dans l'hotellerie, ils ne cesserent de
compter et de recompter des sacs de pieces d'or, dont la vive clarte
s'apercevait a travers les vitres du logis.
Gentlemen, leur dit l'hotesse un jour, d'ou vient que vous etes si
opulents, et que, venus pour secourir la misere publique, vous ne
fassiez pas de bonnes oeuvres?
--Belle hotesse, repondit l'un d'eux, nous n'avons pas voulu aller
au-devant d'infortunes honorables, dans la crainte d'etre trompes par
des miseres fictives: que la douleur frappe a la porte, nous ouvrirons.
Le lendemain, quand on sut qu'il existait deux opulents etrangers
prets a prodiguer l'or, la foule assiegea leur logis; mais les figures
des gens qui en sortaient etaient bien diverses. Les uns avaient la
fierte dans le regard, les autres portaient la honte au front. Les deux
trafiquants achetaient des ames pour le demon. L'ame d'un vieillard
valait vingt pieces d'or, pas un penny de plus; car Satan avait eu le
temps d'y former hypotheque. L'ame d'une epouse en valait cinquante
quand elle etait jolie, ou cent quand elle etait laide. L'ame d'une
jeune fille se payait des prix fous: les fleurs les plus belles et les
plus pures sont les plus cheres.
Pendant ce temps, il existait dans la ville un ange de beaute, la
comtesse Ketty O'Donnor.
_January, 1901. _
FOOTNOTE:
[A] I have left them out of this edition as Lady Gregory's _Cuchulain
of Muirthemne_ and _Gods and Fighting Men_ have made them unnecessary.
When I began to write, the names of the Irish heroes were almost
unknown even in Ireland.
NOTES
_The Countess Cathleen. _--I found the story of the Countess Cathleen
in what professed to be a collection of Irish folklore in an Irish
newspaper some years ago. I wrote to the compiler, asking about its
source, but got no answer, but have since heard that it was translated
from _Les Matinees de Timothe Trimm_ a good many years ago, and has
been drifting about the Irish press ever since. Leo Lespes gives it
as an Irish story, and though the editor of _Folklore_ has kindly
advertised for information, the only Christian variant I know of is
a Donegal tale, given by Mr. Larminie in his _West Irish Folk Tales
and Romances_, of a woman who goes to hell for ten years to save her
husband and stays there another ten, having been granted permission
to carry away as many souls as could cling to her skirt. Leo Lespes
may have added a few details, but I have no doubt of the essential
antiquity of what seems to me the most impressive form of one of the
supreme parables of the world. The parable came to the Greeks in the
sacrifice of Alcestis, but her sacrifice was less overwhelming, less
apparently irremediable. Leo Lespes tells the story as follows:--
'Ce que je vais vous dire est un recit du careme Irlandais. Le boiteux,
l'aveugle, le paralytique des rues de Dublin ou de Limerick, vous le
diraient mieux que moi, cher lecteur, si vous alliez le leur demander,
un sixpence d'argent a la main. --Il n'est pas une jeune fille catholique
a laquelle on ne l'ait appris, pendant les jours de preparation a la
communion sainte, pas un berger des bords de la Blackwater qui ne le
puisse redire a la veillee.
'Il y a bien longtemps qu'il apparut tout-a-coup dans la vieille
Irlande deux marchands inconnus dont personne n'avait oui parler, et
qui parlaient neanmoins avec la plus grande perfection la langue du
pays. Leurs cheveux etaient noirs et ferres avec de l'or et leurs robes
d'une grande magnificence.
Tous deux semblaient avoir le meme age: ils paraissaient etre des
hommes de cinquante ans, car leur barbe grisonnait un peu.
Or, a cette epoque, comme aujourd'hui, l'Irlande etait pauvre, car le
soleil avait ete rare, et des recoltes presque nulles. Les indigents ne
savaient a quel saint se vouer, et la misere devenait de plus en plus
terrible.
Dans l'hotellerie ou descendirent les marchands fastueux on chercha
a penetrer leurs desseins: mais ce fut en vain, ils demeurerent
silencieux et discrets.
Et pendant qu'ils demeurerent dans l'hotellerie, ils ne cesserent de
compter et de recompter des sacs de pieces d'or, dont la vive clarte
s'apercevait a travers les vitres du logis.
Gentlemen, leur dit l'hotesse un jour, d'ou vient que vous etes si
opulents, et que, venus pour secourir la misere publique, vous ne
fassiez pas de bonnes oeuvres?
--Belle hotesse, repondit l'un d'eux, nous n'avons pas voulu aller
au-devant d'infortunes honorables, dans la crainte d'etre trompes par
des miseres fictives: que la douleur frappe a la porte, nous ouvrirons.
Le lendemain, quand on sut qu'il existait deux opulents etrangers
prets a prodiguer l'or, la foule assiegea leur logis; mais les figures
des gens qui en sortaient etaient bien diverses. Les uns avaient la
fierte dans le regard, les autres portaient la honte au front. Les deux
trafiquants achetaient des ames pour le demon. L'ame d'un vieillard
valait vingt pieces d'or, pas un penny de plus; car Satan avait eu le
temps d'y former hypotheque. L'ame d'une epouse en valait cinquante
quand elle etait jolie, ou cent quand elle etait laide. L'ame d'une
jeune fille se payait des prix fous: les fleurs les plus belles et les
plus pures sont les plus cheres.
Pendant ce temps, il existait dans la ville un ange de beaute, la
comtesse Ketty O'Donnor.