II
--Voila qu'on apercoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadre d'une petite branche,
Pique d'une mauvaise etoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche.
--Voila qu'on apercoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadre d'une petite branche,
Pique d'une mauvaise etoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche.
Rimbaud - Poesie Completes
la bise siffle au grand bal des squelettes!
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer!
Les loups vont repondant des forets violettes:
A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer. . .
Hola, secouez-moi ces capitans funebres
Qui defilent, sournois, de leurs gros doigts casses
Un chapelet d'amour sur leurs pales vertebres:
Ce n'est pas un monstier ici, les trepasses!
Oh! voila qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporte par l'elan, comme un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,
Crispe ses petits doigts sur son femur qui craque
Avec des cris pareils a des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
ROMAN
I
On n'est pas serieux, quand on a dix-sept ans.
--Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Ces cafes tapageurs aux lustres eclatants!
--On va sous les tilleuls verts de la promenade,
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin!
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupiere;
Le vent charge de bruits,--la ville n'est pas loin,--
A des parfums de vigne et des parfums de biere. . .
II
--Voila qu'on apercoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadre d'une petite branche,
Pique d'une mauvaise etoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche. . .
Nuit de juin! Dix-sept ans! --On se laisse griser.
La seve est du champagne et vous monte a la tete. . .
On divague; on se sent aux levres un baiser
Qui palpite la, comme une petite bete. . .
III
Le coeur fou Robinsonne a travers les romans,
--Lorsque, dans la clarte d'un pale reverbere,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son pere. . .
Et, comme elle vous trouve immensement naif,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif.
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer!
Les loups vont repondant des forets violettes:
A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer. . .
Hola, secouez-moi ces capitans funebres
Qui defilent, sournois, de leurs gros doigts casses
Un chapelet d'amour sur leurs pales vertebres:
Ce n'est pas un monstier ici, les trepasses!
Oh! voila qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporte par l'elan, comme un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,
Crispe ses petits doigts sur son femur qui craque
Avec des cris pareils a des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
ROMAN
I
On n'est pas serieux, quand on a dix-sept ans.
--Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Ces cafes tapageurs aux lustres eclatants!
--On va sous les tilleuls verts de la promenade,
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin!
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupiere;
Le vent charge de bruits,--la ville n'est pas loin,--
A des parfums de vigne et des parfums de biere. . .
II
--Voila qu'on apercoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadre d'une petite branche,
Pique d'une mauvaise etoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche. . .
Nuit de juin! Dix-sept ans! --On se laisse griser.
La seve est du champagne et vous monte a la tete. . .
On divague; on se sent aux levres un baiser
Qui palpite la, comme une petite bete. . .
III
Le coeur fou Robinsonne a travers les romans,
--Lorsque, dans la clarte d'un pale reverbere,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son pere. . .
Et, comme elle vous trouve immensement naif,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif.