L'enfant se doit surtout a la maison, famille
Des soins naifs, des bons travaux abrutissants,
Ils sortent, oubliant que la peau leur fourmille
Ou le Pretre du Christ a mis ses doigts puissants.
Des soins naifs, des bons travaux abrutissants,
Ils sortent, oubliant que la peau leur fourmille
Ou le Pretre du Christ a mis ses doigts puissants.
Rimbaud - Poesie Completes
J'ai vu des archipels sideraux! Et des iles
Dont les cieux delirants sont ouverts au vogueur:
--Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, o future Vigueur?
Mais, vrai, j'ai trop pleure! Les aubes sont navrantes,
Toute lune est atroce et tout soleil amer.
L'acre amour m'a gonfle de torpeurs enivrantes.
Oh! que ma quille eclate! Oh! que j'aille a la mer!
Si je desire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide ou, vers le crepuscule embaume,
Un enfant accroupi, plein de tristesse, lache
Un bateau frele comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigne de vos langueurs, o lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons!
LES PREMIERES COMMUNIONS
I
Vraiment, c'est bete, ces eglises de villages
Ou quinze laids marmots, encrassant les piliers,
Ecoutent, grasseyant les divins babillages,
Un noir grotesque dont fermentent les souliers.
Mais le soleil eveille, a travers les feuillages,
Les vieilles couleurs des vitraux ensoleilles,
La pierre sent toujours la terre maternelle,
Vous verrez des monceaux de ces cailloux terreux
Dans la campagne en rut qui fremit, solennelle,
Portant, pres des bles lourds, dans les sentiers sereux,
Ces arbrisseaux brules ou bleuit la prunelle,
Des noeuds de muriers noirs ou de rosiers furieux.
Tous les cent ans, on rend ces granges respectables
Par un badigeon d'eau bleue et de lait caille.
Si des mysticites grotesques sont notables
Pres de la Notre-Dame ou du saint empaille,
Des mouches sentant bon l'auberge et les etables
Se gorgent de cire au plancher ensoleille.
L'enfant se doit surtout a la maison, famille
Des soins naifs, des bons travaux abrutissants,
Ils sortent, oubliant que la peau leur fourmille
Ou le Pretre du Christ a mis ses doigts puissants.
On paie au Pretre un toit ombre d'une charmille
Pour qu'il laisse au soleil tous ces fronts bruissants.
Le premier habit noir, le plus beau jour de tartes
Sous le Napoleon ou le Petit Tambour,
Quelque enluminure ou les Josephs et les Marthes
Tirent la langue avec un excessif amour
Et qui joindront aux jours de science deux cartes,
Ces deux seuls souvenirs lui restent du grand jour.
Les filles vont toujours a l'eglise, contentes
De s'entendre appeler garces par les garcons
Qui font du genre, apres messe et vepres chantantes,
Eux, qui sont destines au chic des garnisons,
Ils narguent au cafe les maisons importantes,
Blouses neuf et gueulant d'effroyables chansons.
Cependant le cure choisit, pour les enfances,
Des dessins; dans son clos, les vepres dites, quand
L'air s'emplit du lointain nasillement des danses,
Il se sent, en depit des celestes defenses,
Les doigts de pied ravis et le mollet marquant. . .
--La nuit vient, noir pirate au ciel noir debarquant.
II
Le pretre a distingue, parmi les catechistes
Congreges des faubourgs ou des riches quartiers,
Cette petite fille inconnue, aux yeux tristes,
Front jaune. Ses parents semblent de doux portiers.
Au grand jour, la marquant parmi les catechistes,
Dieu fera, sur son front, neiger ses benitiers.
La veille du grand jour, l'enfant se fait malade
Mieux qu'a l'eglise haute aux funebres rumeurs.
D'abord le frisson vient, le lit n'etant pas fade,
Un frisson surhumain qui retourne: Je meurs. . .
Et, comme un vol d'amour fait a ses soeurs stupides,
Elle compte, abattue et les mains sur son coeur,
Ses Anges, ses Jesus et ses Vierges nitides,
Et, calmement, son ame a bu tout son vainqueur.