Si la grace fait tout en elles, quelle raison
aurait-il de les recompenser?
aurait-il de les recompenser?
Shelley
Pourquoi ne point se manifester a toute la terre dune facon non
equivoque, bien plus capable de nous convaincre que ces revelations
particulieres qui semblent accuser la Divinite d'une partialite facheuse
pour quelques-unes de ses creatures? La tout-puissant n'auroit-il donc
pas des moyens plus convainquans de se montrer aux hommas que ces
metamorphoses ridicules, cas incarnations pretendues, qui nous sont
attestees par des ecrivains si peu d'accord entre eux dans les recits
qu'ils en font? Au lieu de tant de miracles, inventes pour prouver la
mission divine de tant de legislateurs reveres par les differens peuples
du monde, le souverain des esprits ne pouvait-il pas convaincre tout
d'un coup l'esprit humain des choses qu'il a voulu lui faire connaitre?
Au lieu de suspendre un soleil dans la voute du firmament; au lieu de
repandre sans ordre les etoiles et les constellations qui remplissent
l'espace, n'eut-il pas ete plus conforme aux vues d'un Dieu si jaloux de
sa gloire et si bien-intentionne pour l'homme d'ecrire, d'une facon non
sujette a dispute, son nom, ses attributs, ses volontes permanentes en
caracteres ineffacables, et lisibles egalement pour tous les habitants
de la terre? Personne alors n'aurait pu douter de l'existence d'un Dieu,
de ses volontes claires, de ses intentions visibles. Sous les yeux de ce
Dieu si terrible, personne n'aurait eu l'audace de violer ses
ordonnances; nul mortel n'eut ose se mettre dans le cas d'attirer sa
colere: enfin nul homme n'eut eu le front d'en imposer en son nom, ou
d'interpreter ses volontes suivant ses propres fantaisies.
En effet, quand meme on admettrait l'existence du Dieu theologique et la
realite des attributs si discordans qu'on lui donne, l'on n'en peut rien
conclure, pour autoriser la conduite ou les cultes qu'on prescrit de lui
rendre. La theologie est vraiment "le tonneau des Danaides". A force de
qualites contradictoires et d'assartions hasardees, ella a, pour ainsi
dire, tellement garrotte son Dieu qu'elle l'a mis dans l'impossibilite
d'agir. S'il est infiniment bon, quelle raison aurions-nous de le
craindre? S'il est infiniment sage, de quoi nous inquieter sur notre
sort? S'il sait tout, pourquoi l'avertir de nos besoins, et le fatiguer
de nos prieres? S'il est partout, pourquoi lui elever des temples? S'il
est maitre de tout, pourquoi lui faire des sacrifices et des offrandes?
S'il est juste, comment croire qu'il punisse des creatures qu'il a
rempli de faiblesses?
Si la grace fait tout en elles, quelle raison
aurait-il de les recompenser? S'il est tout-puissant, comment
l'offenser, comment lui resister? S'il est raisonnable, comment se
mattrait-il en colere contre des aveugles, a qui il a laisse la liberte
de deraisonner? S'il est immuable, de quel droit pretendrions-nous faire
changer ses decrets? S'il est inconcevable, pourquoi nous en occuper?
S'IL A PARLE, POURQUOI L'UNIVERS N'EST-IL PAS CONVAINCU? Si la
connaissance d'un Dieu est la plus necessaire, pourquoi n'est-elle pas
la plus evidente et a plus claire? --"Systeme de la Nature", London,
1781.
The enlightened and benevolent Pliny thus publicly professes himself an
atheist:--Quapropter effigiem Dei formamque quaerere imbecillitatis
humanae reor. Quisquis est Deus (si modo est alius) et quacunque in
parte, totus est sensus, totus est visus, totus auditus, totus animae,
totus animi, totus sui. . . Imperfectae vero in homine naturae praecipua
solatia ne deum quidem posse omnia. Namque nec sibi potest mortem
consciscere, si velit, quad homini dedit optimum in tantis vitae poenis:
nec mortales aeternitata donare, aut revocare defunctos; nec facere ut
qui vixit non vixerit, qui honores gessit non gessarit, nullumque habere
in praeteritum ius, praeterquam oblivionis, atque (ut facetis quoque
argumentis societas haec cum deo copuletur) ut bis dena viginti non
sint, et multa similiter efficere non posse. --Per quae declaratur haud
dubie naturae potentiam id quoque esse quad Deum vocamus. --Plin.
equivoque, bien plus capable de nous convaincre que ces revelations
particulieres qui semblent accuser la Divinite d'une partialite facheuse
pour quelques-unes de ses creatures? La tout-puissant n'auroit-il donc
pas des moyens plus convainquans de se montrer aux hommas que ces
metamorphoses ridicules, cas incarnations pretendues, qui nous sont
attestees par des ecrivains si peu d'accord entre eux dans les recits
qu'ils en font? Au lieu de tant de miracles, inventes pour prouver la
mission divine de tant de legislateurs reveres par les differens peuples
du monde, le souverain des esprits ne pouvait-il pas convaincre tout
d'un coup l'esprit humain des choses qu'il a voulu lui faire connaitre?
Au lieu de suspendre un soleil dans la voute du firmament; au lieu de
repandre sans ordre les etoiles et les constellations qui remplissent
l'espace, n'eut-il pas ete plus conforme aux vues d'un Dieu si jaloux de
sa gloire et si bien-intentionne pour l'homme d'ecrire, d'une facon non
sujette a dispute, son nom, ses attributs, ses volontes permanentes en
caracteres ineffacables, et lisibles egalement pour tous les habitants
de la terre? Personne alors n'aurait pu douter de l'existence d'un Dieu,
de ses volontes claires, de ses intentions visibles. Sous les yeux de ce
Dieu si terrible, personne n'aurait eu l'audace de violer ses
ordonnances; nul mortel n'eut ose se mettre dans le cas d'attirer sa
colere: enfin nul homme n'eut eu le front d'en imposer en son nom, ou
d'interpreter ses volontes suivant ses propres fantaisies.
En effet, quand meme on admettrait l'existence du Dieu theologique et la
realite des attributs si discordans qu'on lui donne, l'on n'en peut rien
conclure, pour autoriser la conduite ou les cultes qu'on prescrit de lui
rendre. La theologie est vraiment "le tonneau des Danaides". A force de
qualites contradictoires et d'assartions hasardees, ella a, pour ainsi
dire, tellement garrotte son Dieu qu'elle l'a mis dans l'impossibilite
d'agir. S'il est infiniment bon, quelle raison aurions-nous de le
craindre? S'il est infiniment sage, de quoi nous inquieter sur notre
sort? S'il sait tout, pourquoi l'avertir de nos besoins, et le fatiguer
de nos prieres? S'il est partout, pourquoi lui elever des temples? S'il
est maitre de tout, pourquoi lui faire des sacrifices et des offrandes?
S'il est juste, comment croire qu'il punisse des creatures qu'il a
rempli de faiblesses?
Si la grace fait tout en elles, quelle raison
aurait-il de les recompenser? S'il est tout-puissant, comment
l'offenser, comment lui resister? S'il est raisonnable, comment se
mattrait-il en colere contre des aveugles, a qui il a laisse la liberte
de deraisonner? S'il est immuable, de quel droit pretendrions-nous faire
changer ses decrets? S'il est inconcevable, pourquoi nous en occuper?
S'IL A PARLE, POURQUOI L'UNIVERS N'EST-IL PAS CONVAINCU? Si la
connaissance d'un Dieu est la plus necessaire, pourquoi n'est-elle pas
la plus evidente et a plus claire? --"Systeme de la Nature", London,
1781.
The enlightened and benevolent Pliny thus publicly professes himself an
atheist:--Quapropter effigiem Dei formamque quaerere imbecillitatis
humanae reor. Quisquis est Deus (si modo est alius) et quacunque in
parte, totus est sensus, totus est visus, totus auditus, totus animae,
totus animi, totus sui. . . Imperfectae vero in homine naturae praecipua
solatia ne deum quidem posse omnia. Namque nec sibi potest mortem
consciscere, si velit, quad homini dedit optimum in tantis vitae poenis:
nec mortales aeternitata donare, aut revocare defunctos; nec facere ut
qui vixit non vixerit, qui honores gessit non gessarit, nullumque habere
in praeteritum ius, praeterquam oblivionis, atque (ut facetis quoque
argumentis societas haec cum deo copuletur) ut bis dena viginti non
sint, et multa similiter efficere non posse. --Per quae declaratur haud
dubie naturae potentiam id quoque esse quad Deum vocamus. --Plin.